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Faut-il convaincre son conjoint de faire l’instruction en famille ?

En voilà un sujet intéressant ! C’est une maman, dans les commentaires, qui m’a demandé de parler du sujet… J’avoue que ça fait un moment que cette question me trotte dans la tête !

  • Comment faire pour convaincre son compagnon ?
  • Et d’abord, doit-on convaincre qui que ce soit ?
  • N’est-ce pas de la manipulation ?
  • Mes raisons sont-elles plus valables que les siennes ?
  • En même temps, vous me direz, c’est pour la bonne cause ! Lorsque c’est pour nos enfants, nous sommes prêt(e)s à tout !

Cependant, le couple est le pilier de la famille, il faut faire attention à ne pas le dégrader. Du coup, l’idéal, me semble-t-il, serait de convaincre sans violence.

Et pourquoi, au lieu de convaincre, ne pourrions-nous pas semer des graines et laisser l’autre parcourir son chemin ?

Bref, je passe par toutes ces questions environ 15 fois par jour, du coup je vais tenter d’exposer ça le plus clairement possible sur le papier (ou plutôt le clavier !)

Qu’est-ce que convaincre ?

Essayer de convaincre son compagnon, c’est finalement essayer de le modifier, de changer ses pensées et donc un peu de son être. Comme ça, ça peut paraître violent ! 

Mais finalement, quand on y réfléchit bien, beaucoup de choses nous changent un peu

Je m’explique : quand je lis un livre, une fois la lecture finie, je ne suis plus tout à fait la même. Ma pensée en est modifiée et donc ma personne également. Mélissa Plavis en parle très bien dans son livre Apprendre par soi-même, avec les autres et dans le monde, l’expérience du Unschooling. Si vous ne l’avez toujours pas fait, je vous invite à lire la chronique ici. Super bouquin !

Revenons à nos moutons : nous pouvons, je pense, convaincre sans violence,  en argumentant, dans la bienveillance. La technique à bannir : la manipulation.

Argumenter n’est pas manipuler. Il suffit d’être transparent, de ne pas essayer de cacher le fond de notre pensée.

L’argumentation peut être construite, préparée, pensée avec beaucoup d’authenticité.

Comment préparer une bonne argumentation ?

Lorsque je souhaite argumenter sur un sujet, j’essaie, dans un premier temps de me remémorer mon propre cheminement par rapport à cette pensée.

Par exemple, en ce qui concerne l’unschooling, je me demande comment j’en suis arrivée à être persuadée que c’était ce qu’il y a de mieux pour notre famille. 

  • Par quelles étapes suis-je passée ? 
  • Quelles sont les lectures qui m’ont fait cheminer vers cette certitude ?
  • Quelles rencontres m’ont emmenée petit à petit dans cette voie ?

De plus, pour une bonne argumentation, il faut tenir compte de la personne à convaincre, et donc, s’adapter à elle.

C’est à ce moment qu’il est bon d’adopter une position d’écoute envers son conjoint. Ainsi, nous pouvons faire preuve d’empathie, savoir quels mécanismes se mettent en place dans cette opposition.

  • Est-ce de la peur ? Peur de faire échouer l’enfant, peur de ne plus avoir de temps pour soi…
  • Est-ce du formatage ? On a tendance à reproduire ce que nous avons eu…
  • Est-ce que ça révèle une douleur d’enfance ?

Lorsque j’ai fait le cycle « vivre et grandir » en Parentalité Créative, nous avons fait une remémoration (sensorielle) de nos ressentis face aux apprentissages. Tous les participants ont éprouvé des sensations désagréables. C’était réellement troublant et représentatif de ce que nous avions vécu en majorité. Cependant, peu s’étaient tournés (encore) vers une autre forme d’apprentissage pour leurs enfants, peu se posaient des questions. Comme quoi, nous pouvons tout simplement ne pas avoir conscience de la réalité des choses, nous pouvons enfouir énormément et vouloir procéder de même avec nos enfants…

D’où l’importance de comprendre son conjoint, de réussir à se mettre à sa place, pour construire au mieux son argumentation.

Les tensions dans le couple

Cependant, lorsqu’il y a des tensions dans le couple, il n’est pas toujours facile de se mettre en position d’écoute. Je pense même que le conjoint n’est pas forcément la personne qui va pouvoir convaincre. Il faut que le dialogue soit possible.

Dans ce cas, l’argumentation peut être mieux venue si elle vient d’une autre personne. Effectivement, ça devient plus compliqué ! Mais le principal, c’est de ne pas se braquer.

Du coup, soit réussir à rétablir le dialogue et une relation de confiance dans le couple avant d’engager une réflexion si importante, soit faire appel à une tierce personne.

En ce qui nous concerne, lorsque nous n’arrivons plus à nous comprendre (cela dure parfois plusieurs semaines) je vais voir une très bonne amie. Elle a la grande qualité de  savoir écouter et d’être très clairvoyante face à mes ressentis. De plus, elle est objective et sait me faire réfléchir. Rico, lui, fait autrement. Il va voir un ami également, ou s’isole, ou je ne sais pas trop…

Et puis, avec le recule, nous arrivons enfin à reprendre contact, à recommuniquer. C’est seulement à ce moment que les « grandes discussions » peuvent avoir lieu.

Ce que je veux dire, c’est que la trame de fond doit être solide pour réussir à faire évoluer mutuellement les pensées. Et du coup, avant de chercher à convaincre, je pense qu’il est important de comprendre, de ne pas juger les pensées du conjoint.

C’est un peu comme ce que nous cherchons avec nos enfants : une relation horizontale, apprendre de l’un et de l’autre, comprendre, évoluer ensemble… Ça semble beau sur le papier, n’est-ce pas ?

Laisser le temps au temps

Une autre variable très importante à mon sens : le temps.

Essayez de vous souvenir : combien de temps est-ce que ça vous a pris entre le moment où vous avez découvert qu’il existait une alternative à l’école et le moment où vous vous êtes dit : « l’école, c’est sûr, ce n’est pas pour nous ! »

Personnellement, ça m’a pris plusieurs années. Au moins dix, voire plus, en comptant le temps inconscient, où j’avais la puce à l’oreille.

Effectivement, grâce à votre aide, ça peut aller plus vite pour votre conjoint, mais tout de même ! Il faut laisser du temps au temps ! Le temps que les vieux schémas se déconstruisent et laissent place à de nouvelles façons de voir la vie.

En voulant aller trop vite, on peut se braquer l’un contre l’autre et ça peut devenir alors une bataille, à qui l’emportera ? Et du coup, plus personne ne veut lâcher ses idées, pas parce que ce sont les meilleures, mais parce qu’on ne veut pas perdre ! Aaah ! L’égo…

Ce serait tout de même dommage n’est-ce pas ?

Comment laisser le temps ?

Voilà une entreprise difficile lorsque nous voulons absolument retirer nos enfants de l’école pour leur bien… je le conçois !

Le mieux est de réussir à trouver des alternatives, des compromis.

Si vous en avez les moyens et si votre lieu géographique le permet, trouver une école alternative qui pourrait convenir pour un temps.

Il y a aussi la possibilité de trouver une équipe enseignante dans votre région qui est sympa, moins mauvaise qu’ailleurs. La carte scolaire peut être modifiée si c’est votre ville de travail, où là où se trouve la nounou du plus jeune, ou encore si ça ne vous gêne pas de changer de ville, de quartier ou de village…

Une dernière option est d’accompagner au mieux votre enfant en dehors de l’école, de l’écouter, de lui permettre de vivre ses émotions en votre présence, de le soutenir, de l’accompagner… c’est ce que propose les outils de la communication non violente ou de la parentalité positive ou créative.

Les outils que j’utiliserais pour argumenter

Suivant votre conjoint, bien sûr, ses centres d’intérêt, ses retenues, etc. que vous aurez observés dans l’écoute et l’empathie, voici les outils qu’il est possible d’utiliser pour monter votre argumentation :

  • Les livres, bien sûr ! Partagez avec votre conjoint vos lectures, ce que vous avez aimé, ce qui vous a fait vibrer… ce sont de très bons points de départ à la discussion. S’il aime lire, peut-être décidera-t-il de les lire également ? 
  • Il existe aussi des magazines qui traitent du sujet avec des articles qui sont peut-être plus simples pour rentrer dans le sujet. Je donne des références dans le kit spécial inspection à télécharger gratuitement à la fin de cet article.
  • Les échanges, les rencontres avec les familles non-scolarisantes. Il existe des groupes de couchsurfing spécial IEF et si vous avez la place chez vous, c’est une super occasion pour rencontrer des personnes et échanger sur le sujet. Un petit coin de jardin pour poser une tente peut suffir. Du coup, vous n’êtes plus la seule personne qui apporte des arguments… 
  • Aller chez les gens aussi est très enrichissant.
  • Vivre au quotidien les difficultés de vos enfants face à l’école, les observer, voir les changements négatifs que ça opère chez eux…
  • Aborder par une autre entrée cette philosophie de vie : l’écologie, la liberté, le respect des individualités et des besoins de chacun, la permaculture. En effet, tout s’articule avec la liberté d’apprendre. Tous ces éléments ne font qu’un et peut-être que votre conjoint sera plus sensible à une autre entrée de ce cercle vertueux. J’en parle plus longuement dans la chronique du livre de Melissa Plavis ici.
  • Mettre en relief tous les avantages à la vie sans école : plus de stress pour les enfants, ne plus être obligés de les réveiller, pouvoir partir en vacances hors périodes scolaire, le bonheur de les voir grandir, pouvoir leur transmettre nos valeurs, …. Je vous laisse faire votre propre liste, c’est personnel.

Cette liste est bien sûr non exhaustive et je vous laisse la compléter dans les commentaires juste en dessous, ça profitera à tout le monde !

En résumé, convaincre, oui, mais sans manipuler, sans violence, en laissant le temps. C’est une superbe façon de s’engager à deux dans un projet de vie…

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2 commentaires

  • Meli

    Le meilleur argument qui soit pour moi c’est juste de demander l’avis de l’enfant et aller dans son sens. Il a envie d’aller à l’école ? On y va ! Il préfère rester à la maison ? On reste ! Pourquoi se compliquer la vie ? Au final, c’est tout de même l’enfant le principal concerné. En sachant que rien n’est inscrit dans la pierre. L’école de lui plaît finalement pas, on le déscolarise et vice-versa. Il faut leur faire confiance à nos petits bouts, peu importe nos propres souhaits ^^

    • Marion Billon

      Si c’était si simple … il arrive parfois que l’enfant ne veuille pas aller à l’école mais qu’un des deux parents soit opposé à l’ief. Dans ce cas, c’est rarement l’enfant qui décide ! D’où l’article 🙂

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