Thierry Pardo, une éducation sans école
Livres

Une éducation sans école. Thierry Pardo

La version revue et augmentée a été publiée en 2017, aux Editions Ecosociété. 228 pages

Quatrième de couverture

quatrième de couverture de Une éducation sans école, Thierry Pardo

Chronique du livre

Thierry Pardo nous apporte, à travers ce livre, une proposition d’alternative à l’école. Il va même jusqu’à créer, expliquer un nouveau mot qui pourrait englober toutes ces pratiques d’éducation sans école qu’on a parfois du mal à nommer. 

Ce livre est mené un peu à la manière d’une thèse. Il fourmille d’exemples, de références à des ouvrages, des études, des thèses… Le vocabulaire est très précis et j’avoue que je l’ai trouvé parfois l’ensemble compliqué à comprendre. J’espère donc ne pas dire de bêtises dans cette chronique et de rester tout de même fidèle à ses propos.

J’ai aimé :

  • le côté rebelle, forcément, ça fait résonnance. 
  • Le sérieux de ses propos toujours justifiés, étudiés, en rapport à d’autres écrits
  • La présence d’exemples, de citations
  • La proposition d’une véritable alternative à l’école pour les familles concernées
  • La franchise quant au devoir d’implication des parents
  • Son témoignage dans la deuxième partie

J’ai moins aimé :

  • La difficulté de vocabulaire ou de tournures de phrases
  • L’aspect un peu froid et impersonnel du texte de la première partie (rattrapé dans la deuxième partie).

Première partie

Chapitre 1 : L’invention de l’école

Tout d’abord Thierry Pardo retrace l’invention de l’école et la constitution de l’institution associée. L’éducation s’est professionnalisée depuis un siècle pour répondre à un besoin dû à la course à l’industrialisation pour maintenir notamment les empires coloniaux.

L’institution-école s’est développée en même temps que celles qui gèrent les gens considérés comme improductifs (hôpitaux, prisons…).

Nous apprenons que Jules Ferry dit clairement que l’éducation servira à faire des sujets soumis et fidèles qui porteront la bonne parole et les couleurs françaises dans les colonies.

L’école permet un déplacement de responsabilités des parents vers l’institution.

Dans ce livre il critique surtout l’état responsable du fait d’obliger les enfants à être assis de nombreuses heures durant une quinzaine d’années. Ce n’est pas un jugement ni pour les enseignants, ni pour les familles, mais bien une critique de l’institution. 

Il propose, plus loin dans son ouvrage, une alternative à l’école, tournée vers la créativité et reliée à l’éducation à l’environnement, pour les familles qui souhaitent s’occuper de l’éducation de leurs enfants. 

Chapitre 2 : Pour en finir avec l’évidence scolaire

« L’école nous apprend que c’est à l’école qu’on apprend ».

Thierry Pardo met en évidence le fait que l’école nous dépossède du pouvoir que nous avons sur nous même. Nous serions en quelque sorte déshumanisés suite à une aliénation. Il parle de réification comme instrument castrateur de l’inventivité sociale.

L’école séquentialise le savoir. Avec elle apparaissent les matières différenciées.

Dans nos esprits école, éducation ou réussite sont presque synonymes. Pourtant l’école ne remonte pas à si longtemps : un peu plus d’un siècle. Une goutte d’eau à l’échelle de l’humanité !

Selon lui, l’école empêcherait l’émancipation de l’enfant en coupant le lien entre lui, son environnement naturel et son environnement social.

Thierry Pardo définit et décrit l’oppression que l’enfant subit en allant à l’école. Il évoque notamment la priorisation des apprentissages, le cloisonnement physique et mental, le caractère imposé de beaucoup de choses… Tout ça dans le but d’obtenir des résultats et des enfants disciplinés.

L’enseignant est tenu par les programmes. Il contrôle, évalue, impose…

Mr Pardo dénonce le fait que le développement de l’hémisphère droit du cerveau n’est pas permis à l’école. C’est l’hémisphère de la créativité,  de l’impulsivité, de l’intuition. En effet, les domaines d’apprentissages et la privation d’éléments naturels dans les écoles empêchent le cerveau droit d’être stimulé. Tout comme les prisons, hôpitaux psychiatriques, hôpitaux.

L’auteur explique alors le pourquoi des murs de l’école.

Il aborde également le problème de certaines qualités vues comme de l’hyperactivité dans cette école oppressive et donc le recours aux médicaments.

Il souligne tout au long de ce chapitre l’importance de la nature.

Il parle de la spirale de la course aux diplômes et du décrochage qui en découle.

Chapitre 3 : Oser les voix de la piraterie éducative

Thierry Pardo commence par nous expliquer ce qu’il entend par « piraterie éducative », avec une touche d’illégalité vers plus de liberté… Cette éducation pirate favoriserait l’émancipation, l’harmonie et l’autonomie de nos enfants. Elle prend ses racines dans la pédagogie critique, l’éducation à l’environnement et la pensée libertaire.

Les notions d’environnement naturel et social,  de spontanéité créative sont fortement présentes tout au long de ce chapitre. 

Il vient proposer ce modèle comme une alternative critique à l’école s’adressant à tous les parents désireux d’autre chose et voulant offrir immédiatement « émancipation et bonheur ». Ce serait une façon de se réapproprier sa vie, son présent.

Il est conscient que la piraterie éducative comporte des limites et il nous les expose.

Chapitre 4 : La quête des fondamentaux éducatifs.

Tout d’abord, il énonce  et justifie deux postulats porteurs de cet essai :

  1. C’est aux parents que revient d’abord le rôle d’éduquer leurs enfants
  2. Un enfant grandit mieux dans un environnement naturel et diversifié que fermé et contrôlé.

Ensuite, il définit les fondamentaux. Pour ceci nous faisons un petit retour dans l’histoire en compagnie de quatre personnages choisis : 

  1. Sébastien Faure, le libertaire
  2. Célestin Freinet, l’enseignant
  3. Edgar Morin, le philosophe
  4. David Sobel, le chercheur naturaliste

En juxtaposant les quatre propositions de fondamentaux de l’éducation, Thierry Pardo arrive à en synthétiser les éléments communs.

Chapitre 5 : Les éducations alternatives

Dans ce chapitre, Thierry Pardo évoque différentes alternatives existantes à l’école et d’autres encore à inventer, à créer.

Il parle notamment des sociétés primitives et les avantages qu’elles offrent aux enfants, notamment la présence de la nature et la transmission des savoirs par l’observation et le faire. L’apprentissage de l’autonomie y est grandement facilité, tout a du sens.

Au travers de l’image d’une carte (aux trésors) il décrit les fondamentaux éducatifs dans ces sociétés primitives, puis dans les familles ayant choisi une vie sans école, pour enfin finir avec les familles ayant fait du voyage leur choix éducatif.

Thierry Pardo nous parle d’éco-éducation, un terme qui permet de parler de la vie sans école dans toutes ses formes, du formel à l’informel, de la maison à la terre.

Il décrit également la pédagogie de projet dans laquelle les parents ont un grand rôle à jouer d’accompagnement à la fois actif, respectueux et discret. 

Les douces notions de temps, de philosophie, d’échanges, de rencontres, d’ailleurs, de liberté, de nature, d’art, de diversité, de réenchantement sont présentes dans ce chapitre.

Chapitre 6 : Proposition de fondamentaux pour une éducation sans école

Le but de Thierry Pardo est de proposer une alternative à l’école permettant un développement global et une construction des relations avec les sphères sociales et environnementales de l’enfant.

Il insiste sur le fait que c’est pour les parents qui en font le choix. Il est sans appel : « souhaitez-vous éduquer vos enfants ? Alors, soyez là. »

Il parle du lieu, du sens du temps, de l’expérience, de l’exploration, de pédagogie, de bienveillance, de connaissance, de l’indiscipline, d’émancipation, de liberté…

Pour articuler tout ça, nous pouvons lire des termes comme  alternance, équilibre, transmission… qui amènent un sentiment de précision et d’harmonie.

Je vais finir par une citation que l’auteur nous livre et que j’aime beaucoup :

« Ne demande pas ton chemin à celui qui sait, tu pourrais ne pas te perdre »

Extrait d’une mélopée africaine

Deuxième partie 

Et oui, il y a aussi une deuxième partie ! Là, il nous dévoile son expérience familiale, après dix ans sans école et avec une séparation entre temps. 

Ça ajoute une touche personnelle, authentique, qui, personnellement, m’a beaucoup plu. C’est donc possible même avec une famille séparée. Et puis finalement, on se rend compte, qu’au Canada ou en France, c’est un peu la même chose.

Merci Thierry Pardo pour ce livre vraiment très enrichissant et qui donne envie d’être… des pirates !

couverture une éducation sans école, Thierry Pardo


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